En route pour le fascinant désert des Lençois Maranhenses sous le soleil de plomb brésilien. Une aventure humaine et physique qui rend ce trek inoubliable. Un décor à vous couper le souffle. N’hésitez plus pour votre prochaine destination de voyage.  A la lecture de cet article, vous serez tellement conquises que prendre les billets ne sera plus qu’une formalité.

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D’une superficie de 1 550 km2, le Parc est situé au nord-est du Maranhão à environ 270 km de São Luís. Un désert de dunes de sable blanc parsemé de lagunes turquoise. Il faudrait être bien difficile pour faire la fine bouche. En regardant les photos avant le départ, hypnotisée, j’en oubliais presque que nous allions marcher environ 50 kilomètres dans le sable.

Cette traversée était initialement réalisée par les autochtones pour récolter fruits de mer et poissons.

Étant donné que je voyageais en solo, pour découvrir le Brésil, pays réputé peu sûr, j’avais choisi cette fois-ci de passer par un organisme. Je ne ferais pas de commentaire particulier dessus, l’objet de l’article étant tout autre. Mais sachez qu’il est tout à fait possible de gérer ce trek par vous-même depuis le Brésil.

Le programme

Avant de se lancer dans le vif de notre épopée, découvrons le programme. Rien que le descriptif donne l’eau à la bouche ou en l’occurrence démange nos jambes de sportives.

  1. Départ de São Luis pour rejoindre Santa Amaro où nous avons passé la fin d’après-midi et la soirée dans un cadre paradisiaque. Traverser le fleuve à pied pour rejoindre le village de l’autre côté était toute une aventure. Beaucoup de fous rires et de cris dès qu’une herbe nous touchait. L’eau étant couleur coca, l’imagination galopait un max pour deviner ce qui pouvait s’y trouver en dessous.
  2. Départ très tôt de Santo Amaro pour rejoindre en 4×4 le point de départ « officiel » de notre trek : la laguna da Gaivota.  Après plusieurs heures de marche, arrêt le soir à l’oasis de Queimadas dos Britos .
  3. De Queimada dos Britos vers Baixa Grande : « petite journée » de marche
  4. De Baixa Grande à Barreirinhas : dernier jour de traversée de cet endroit magique.
  5. Depuis Barreirinhas, direction Atkins en bateau. Quelques haltes ont été prévues pour admirer la végétation luxuriante de la mangrove bordant la rivière, le phare de Mandacaru et autres beautés de la région.
  6. Retour à São Luis pour revenir à la réalité.

Pour le départ du trek, il y a deux portes classiques d’accès :

  • La première et la plus connue est Barreirinhas,
  • La seconde se trouve dans un village du bout du monde : Atkins.

En partant depuis Santo Amaro, nous avons fait un peu différent.

Un départ qui pique les yeux

Se lever à deux heures du matin alors que nous nous sommes couchées à 22h la veille, c’est dur ! En toute honnêteté, je me suis demandée : qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi ai-je décidé de faire ce trek ?  Je veux dormir !

Pourtant, nous nous retrouvons les yeux embrumés de sommeil dans la salle pour le petit-déjeuner et se forcer à grignoter un bout. Une grosse journée nous attend et nous devons emmagasiner le maximum d’énergie. Affronter 6 à 8 heures de marche (selon le rythme du groupe) dans le sable n’est pas anodin.

Notre périple peut commencer.

Il commence avec la traversée de la rivière (mais cette fois-ci en barque) pour rejoindre les 4×4 qui nous conduisent dans le désert. Petit à petit, le vert disparaît (ce que nous pouvions distinguer à la lueur des étoiles) et les dunes se dessinent.

Une heure de route, enfin de route, glissades et dérapages plus ou moins contrôlés dans les dunes serait le meilleur terme. J’ai adoré. Les protestations du réveil déjà bien oubliées. L’excitation du trek commence à prendre le dessus.

Agrippée à l’arrière, je valse selon le bon vouloir des roues du véhicule. Rouler de nuit à la seule lueur des phares dans les dunes vides de toute présence humaine a un côté mystique. On se sent hors du temps dans un lieu spécial dont l’accessibilité est réservée à quelques élus.

C’est parti pour 3 jours de marche. 3 jours rien que nous, sans aucune connexion avec le monde extérieur. Les portables ne captent pas. Quel bonheur de s’éloigner de la technologie. 3 jours pour profiter de la nature et de bons moments entre nanas. Désormais pleinement éveillées, nous entamons la marche avec entrain.

Seulement éclairées par les étoiles, nous suivons notre guide, Léo. Le sable s’étend à perte de vue. Bon ok il fait noir donc on ne voit vraiment pas grand-chose mais Léo s’y retrouve parfaitement. Il avance comme si des panneaux indicateurs balisaient le chemin. Il a grandi et vécu toute sa vie dans le parc. Pour nous, néophytes, les dunes se ressemblent et se succèdent. Toutes plus belles les unes que les autres mais quand même un peu similaires quand il s’agit de s’orienter. Son impressionnante maîtrise des lieux nous épate.

Le moment vraiment spécial de ce premier jour ?

S’arrêter au bout d’une heure et quelques de marche. S’allonger sur le sable encore frais dans la nuit noire et étoilée. Quelques minutes dans le silence du désert à se perdre dans la voûte céleste. Il n’y a pas de mot assez fort pour décrire ce que j’ai ressenti. Une communion intense avec la nature.

J’emprunte les mots d’un auteur français :

J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n’entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence…

– Saint-Exupéry dans Le Petit Prince.

 

Les pieds qui chauffent et les cuisses brûlantes d’effort.

Marcher sur le sable est très éprouvant physiquement. Pas de réelle consistance. A chaque pas, nous nous enfonçons dans du moelleux qui chatouille et gratouille les pieds. Tous nos muscles chauffent. Pourtant, nous avons eu de la chance. La saison des pluies touchant tout juste à sa fin, le sable n’était pas complètement sec. Régulièrement, nous marchions sur du sable encore humide et par conséquent sur un sol à peu près dur (malgré le soleil écrasant, réchauffer une dune ne se fait pas comme ça). Bien moins fatiguant.

Inlassablement, nous montons les dunes puis les redescendons, pour recommencer. Un trajet fait de haut et de bas (littéralement) et quelque peu éprouvant mentalement quand vous marchez depuis 7 heures, que le soleil tape dur sur les quelques bouts de peau que vous laissez échapper. Nous cuisons complètement. Les yeux brûlent de ce blanc étincelant.

Mais le sourire est au rendez-vous. Comment ne pas l’avoir quand nous avons la chance de découvrir cet endroit ? Peu importe les désagréments physiques, nous sommes toutes enthousiastes de l’aventure que nous vivons.

Et quelle aventure !

Nous étions prévenues : il risque d’y avoir des sables mouvants. De suite, grands cris dans le groupe. L’imagination s’emballe, nous nous voyons déjà englouties par le désert à la manière des films. Si nous sommes sauvées par un bel aventurier aux yeux clairs. Pourquoi pas. Non ? Certes, ça serait classe mais bon, la vie n’est pas un film. « Ne nous emballons pas les filles », rigole la guide. Vous ne serez pas avalées par le sable.

Et de fait, pour avoir été prise dedans, on sent que l’on enfonce doucement mais sûrement. Pour s’en libérer, il suffit de piétiner le sol rapidement et l’emprise sableuse disparait doucement. C’est d’ailleurs assez amusant à vivre.

Leo ouvrant la marche, c’est lui, qui, en général, tombait dedans. La plupart du temps, il les repérait quand même à l’œil nu. Une fois ou deux, il nous est arrivé de le voir descendre d’un étage. D’un coup. Pouf. Pas de panique, c’est un sable mouvant. Nous attendions alors patiemment qu’il piétine le sol que nous puissions passer à notre tour.

L’image du sable qui nous englouti est bien cinématographique. Mais c’est une expérience qui vaut le détour. J’ai marché dans les sables mouvants et j’en suis sortie. Ça claque, n’est-ce pas ?

Quand ce n’est pas le sable moelleux, ou les sables mouvants, nous devions traverser les lagunes. Ces grandes étendues d’eau nous barraient régulièrement le passage et à moins de faire un détour de plusieurs kilomètres et de se rallonger le trajet d’un nombre d’heure conséquent, nous devions les traverser.

L’eau nous arrivait au genou pour les plus grandes d’entre nous et mi-cuisses pour les plus petites (dont je fais partie). Parfois, le niveau était beaucoup, beaucoup, plus haut.

Petite anecdote amusante : lors d’un passage, la plus grande du groupe passe en premier et avec l’eau au niveau des omoplates, nous dit « c’est bon ça passe ». En riant, je la suis et lui rappelle, que j’ai quelques centimètres de moins qu’elle. Et de fait, l’eau jusqu’au cou, le sac sur la tête, je traverse précautionneusement en espérant ne tomber sur un sable mouvant. Pas envie que mes affaires finissent trempées. Nous avions fière allure ainsi, toutes avec nos sacs sur la tête.

Et hop, une nouvelle dune à grimper. Ça tire les jambes ! Mais que c’est beau !

Quelques pauses bien méritées, nous permettent de profiter des lieux. Baignades, grignotages, et un peu de bronzette sont au rendez-vous. Session photos aussi.

Une aventure humaine incroyable

Si le décor dans lequel nous marchons chaque jour est exceptionnel, les conditions de logement le sont tout autant. Retour à la nature. Nous dormions toutes ensemble abritées par un toit de chaume. Chacune dans son hamac. Toute une technique pour s’allonger et ne pas se retrouver pliée en deux. Certaines ayant l’habitude ont très vite maitrisé l’exercice, les autres ont eu besoin de conseils.

Après notre premier départ bien avant les aurores, nous arrivons vers midi à notre premier point de chute : l’oasis de Queimada dos Britos où vit une quinzaine de familles. Nous sommes accueillies comme des princesses. Les repas sont pantagruéliques : pâtes, riz, poisson, poulet et quelques légumes. Le choix est vaste et parfait pour nos estomacs affamés par les heures de marche.

Entre marche et repas, le corps a besoin de repos. Il est temps de siester. Direction nos hamacs pour un premier somme histoire de récupérer un peu.

De grands cris me réveillent. « Vai, Vai … » Surprise, je sors ma tête encore pleine de sommeil de mon hamac et vois Anne, qui chasse à grands gestes et cris un cochon un peu trop curieux qui a voulu faire connaissance avec nous. Il se baladait tranquillement entre les hamacs jusqu’à ce qu’il se fasse chasser.

De nouveau tranquilles, nous repartons dans les bras de Morphée avant de partir se balader dans les environs et apprécier la vue depuis les dunes environnantes.

Un autre jour de marche, une autre oasis.

Nous arrivons à Baixa Grande. Le soleil, déjà haut, tape fort mais la journée a été plus tranquille. Nous sommes parties un peu tard vers 7h30. Nous y sommes pour le déjeuner et retrouvons une nouvelle famille qui nous offre un repas tout aussi majestueux que la précédente. C’est un lieu d’une tranquillité fantastique où l’électricité n’est générée que par un groupe durant quelques heures par jour. Seules quatre familles de natifs peuplent l’endroit.

Nous sommes vraiment loin de tout.

Un finish en apothéose

Déjà le troisième jour. Nous voilà au terme de notre aventure.

Finir par la Lagoa Bonita est tout simplement exceptionnel. C’est LA lagune à voir. D’ailleurs, certains n’ayant pas la motivation ou la forme pour faire le trek se contentent de ce petit pas dans le parc pour en avoir un aperçu. Pour nous, c’est le signe de la fin. Un dernier moment pour profiter du parc, nous rafraîchir et reprendre des forces.

Il est temps de grimper la dernière dune et dire au revoir au Parc. Un ultime regard sur la magnifique étendue de sable blanc et de ses lagunes turquoise. Je me détourne à regret et descends en mode ski sur le sable de l’autre côté, vers la verdure, pour rejoindre le groupe et dans quelques heures la civilisation.

Le retour se fait en 4×4 vers Barreirinhas puis Atkins, nos prochains arrêts, via des pistes au milieu de la nature verdoyante. Ce petit village de pêcheur un peu en dehors du temps est une très bonne transition pour un retour tout en douceur.

En bref

  • Durée : 3 jours avec en moyenne 6 heures de marche par jour.
  • Préparation nécessaire : personnellement, je n’avais rien fait de particulier même si je pense être assez sportive. Mais à faire si vous avez du souffle et de l’endurance. Cela rendra votre séjour plus agréable et vous serez plus à même de profiter des merveilles du lieu.
  • Logement : chez l’habitant dans les oasis.
  • Plus beau souvenir : le trek en entier a été merveilleux, mais à choisir je dirais le départ à la nuit étoilée et ce moment posé dans le sable à observer les étoiles dans le silence le plus complet. Silence pas si silencieux. On pouvait deviner le rayonnement du désert.
  • A refaire, je changerais : mon sac et son contenu. Je prendrais encore moins de vêtements (nous avons passé trois jours en maillot de bain, paréo et chemise) et surtout je n’oublierais pas mon camel bag !

 

Je ne savais pas bien ce que je pensais trouver en entamant ce trek. Découvrir un lieu unique. Partager une expérience spéciale avec le groupe. Mais je ne m’attendais pas à être autant conquise par ce petit bout du Brésil.

 

J’y retournerais avec plaisir. Qui veut partir ?