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Faire du sport pour voyager: rencontre avec Manon

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Vous savez comme nous aimons toujours vous faire découvrir des gens attendrissants et passionnés sur Un Trek Une Fille. Aujourd’hui, nous vous présentons Manon. Elle s’est prêtée au jeu des questions-réponses pour nous parler de ses passions pour la randonnée, le ski alpinisme et la course de montagne.

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Toujours partante pour les 400 coups, de l’énergie à revendre, le sourire greffé sur le visage en permanence. En quelques mots, voici le portrait de Manon, 29 ans, originaire de Suisse. Après des années à tourner sur les stades d’athlétisme, elle a décidé de se consacrer à la course de montagne, au ski alpinisme et aux voyages. Elle part bientôt pour deux mois seule en Australie et nous avons réussi à l’attraper avant qu’elle s’envole au pays des kangourous.

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Manon et son célèbre t-shirt vert pendant une course dans sa région natale.

Bonjour Manon, bienvenue sur Un trek Une fille ! Depuis quelques années, tu enchaînes les belles randonnées à travers le monde, les courses de ski alpinisme et les trails. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur toi et surtout sur le lien que tu entretiens avec le sport?

J’habite dans petit village du Jura bernois en Suisse tout près de la frontière française. J’ai 29 ans et depuis plusieurs années, mes passions sont essentiellement le sport et les voyages. J’essaie de mélanger les deux un maximum. Faire du sport pour découvrir de nouveaux endroits ou découvrir de nouveaux endroits pour y faire du sport. Ces deux choses tiennent une place très importante de ma vie.

Depuis l’âge de six ans, je cours et je n’ai jamais eu envie d’arrêter. C’est pour moi une manière de me sentir bien, de me vider l’esprit, de réaliser certains défis. Après une séance d’entraînement, qu’il s’agisse de course, de vélo, de ski alpinisme, ou de marche, je me sens légère et libérée… C’est une vraie source d’énergie pour moi.

Pendant toute ta jeunesse, tu as pratiqué l’athlétisme que tu as délaissé dernièrement au profit de la randonnée, de la course de montagne et du ski alpinisme. Pourquoi ce changement? Qu’est-ce qui te plait dans ces sports?

J’ai passé une très grande partie de ma jeunesse sur les stades d’athlétisme. Pas de sorties, beaucoup de sacrifices, beaucoup d’entraînements pour finalement tourner en rond sur un stade. J’y ai pris beaucoup de plaisir mais je trouvais l’ambiance sur les courses très froide et pas fair-play. Du coup, j’avais décidé de lever le pied pour me consacrer à entraîner la relève. Pendant mon stage pour devenir entraîneuse d’athlétisme J+S (diplôme d’entraîneur en Suisse) je me suis déchirée le tendon du quadriceps. Le fait de ne pas pouvoir bouger ou plutôt ne pas courir pendant quelques mois a été un réel déclic et je me suis dit que j’étais encore beaucoup trop jeune pour abandonner la compétition et pour me consacrer à la relève. Je voulais de nouveaux défis. Et je voulais surtout me rapprocher de la nature et de la montagne. Voilà la raison pour laquelle je me suis lancée dans le trail et suite dans le ski alpinisme. Ces deux sports me permettent de m’évader de longues heures dans des paysages magnifiques. La solitude me plait beaucoup. J’aime me retrouver seule avec moi-même. J’ai beaucoup appris sur moi durant mes entrainements et mes courses.

Dans tous les sports que je pratique, il y a une chose que je trouve importante, le fair-play et l’entraide entre les participants. On reste dans des compétitions mais l’ambiance reste humaine et surtout très belle. Pour vous donner un exemple, j’ai fait un trail et au moment où je me suis assise à bout de force, un homme s’est assis à côté de moi. Il m’a proposé la seule boisson qui lui restait et de la nourriture pour que je puisse continuer. Il était épuisé tout comme moi après les 55 km de course mais il m’a dit « tu en a plus besoin que moi alors prends ». Il ne s’est pas préoccupé de perdre du temps ou de son classement, il a juste voulu m’aider et je trouve ces gestes magnifiques.

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Le Pérou, l’endroit idéal pour randonner et découvrir une nouvelle culture.

La randonnée, la course de montagne et le ski alpinisme ont tous un point un commun: l’amour de la nature et on aime la nature chez Un Trek une Fille. Est-ce qu’elle a une place importante dans ta vie?

Oui la nature c’est « l’amour de ma vie ». Qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou qu’il vente, il y a toujours quelque chose qui te mettra des étoiles dans les yeux. J’habite au pied d’une montagne qui s’appelle le Chasseral. C’est là que je vais me ressourcer. Qu’il s’agisse d’une lumière à travers la forêt, une marmotte, un chamois, une fleur isolée au milieu de la neige, un vent d’enfer, une odeur ou un bruit, à chaque sortie, c’est toujours une nouvelle surprise.

Tu as commencé la course de montagne par les 61 km du Trail de Verbier (Valais, Suisse) et ses 4100 mètres de dénivelé positive. Pourquoi commencer avec cette distance? Pourquoi ne pas avoir choisi les 111 km ou alors les 29 kilomètres?

Euuuuh bonne question ☺ Pour reprendre la compétition et me motiver, il me fallait quelque chose de grand. Les 29km étaient une distance abordable si tu pratiques un peu la course à pied. Les 111 km me paraissaient inhumains et en cinq mois de préparation, c’était suicidaire de se lancer sur une telle distance. J’ai donc choisi la distance entre les deux. Une fois inscrite, je me suis quand même demandée si j’étais capable d’avaler ça, car en tant qu’ancienne coureuse de 800m à plat, ce n’est pas du tout le même effort. Cette expérience m’aura permis de tester mon mental et ma capacité à repousser mes limites.

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Entraînement pour la mythique Patrouille des Glaciers qui a lieu tous les deux ans en Suisse.

Cette année, tu as décidé de te frotter à la Patrouille des Glaciers, la mythique course de ski à laquelle de nombreux skieurs rêvent de prendre part. Quel a été le plus beau moment de votre aventure? Et le pire?

De beaux moments, il y en a tout au long de la préparation mais le plus marquant c’était au moment où nous avons franchis la ligne d’arrivée et qu’un rêve se réalisait enfin pour moi. Nous avions les trois un immense sourire aux lèvres, que demander de plus? Le pire, je n’en ai pas un mais deux. La personne avec qui je me suis engagée au début de ce projet s’est blessée durant notre préparation et nous avons dû lui trouver une remplaçante. C’était vraiment un coup dur pour moi. Ensuite, le soir précédent la course une membre de mon équipe à soudainement été prise de vomissements et j’ai vraiment cru que l’aventure allait s’arrêter. Nous étions là, devant la ligne de départ mais j’ai eu l’impression que mon rêve s’éloignait. Finalement, le lendemain matin, tout est rentré dans l’ordre et nous avons pu prendre le départ.

Dans les sports que tu pratiques, il y a beaucoup de montées et de descentes. Comment te prépares-tu pour ce genre d’exercice? Est-ce que tu as un secret à partager avec nos lectrices?

C’est vrai, c’est un peu les montagnes russes mais je n’ai pas vraiment de secret à vous donner. Près de chez moi, j’ai un bon terrain de jeu avec un parcours d’environ 1000 mètres de dénivelé positive et c’est là que je fais une grande partie de ma préparation. Une fois par semaine, j’essaie de faire une grande sortie d’environ 1000-2000 mètres de dénivelé de 2 à 3 heures l’été et de 3 à 4 heures l’hiver. Je complète ensuite avec des entrainements plus courts pendant la semaine. Si je devais vous donner un seul secret, c’est de toujours vous entraîner avec plaisir et surtout pas par obligation, c’est l’une des clés du succès. Si un jour je n’ai pas envie de partir courir trois heures sous la pluie, j’irai une prochaine fois. Il faut tout de même veiller à garder une certain rigueur car les efforts ne sont pas à prendre à la rigolade.

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L’Everest, ce géant dont beaucoup d’alpinistes rêvent de conquérir.

En dehors de ski alpinisme et de la course de montagne, la randonnée fait partie intégrante de ta vie. Tu es partie en trek au Pérou, en Islande, en Tanzanie et au Népal. Quelle aura été l’expérience qui t’a le plus marquée?

Le Népal restera mon plus beau et plus grand souvenir. J’ai découvert un peuple avec un cœur immense. J’ai vécu trois semaines dans les montagnes sans téléphone portable, sans voiture, sans bruit. Une expérience unique! J’entends parler de « l’Everest » depuis mon plus jeune âge. Cette montagne qu’on appelle le toit du monde me fascine tant. J’y ai pensé pendant toute notre marche. Il nous aura fallu une semaine avant d’apercevoir enfin ce monstre, ce géant… En face de lui, je me suis sentie toute petite mais tellement heureuse. J’étais comme une gamine devant un stand de bonbons, les yeux pleins d’étoiles. J’ai même pleuré. C’était un moment très fort en émotion.

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Le Népal restera mon plus beau et plus grand souvenir.

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Manon pendant le trail de Verbier avec son inséparable cousine Chloé.

Quel aura été jusqu’à aujourd’hui ton meilleur souvenir de randonnée, de ski alpinisme ou de course de montagne?

Je n’ai que des souvenirs magnifiques. C’est très difficile pour moi d’en citer qu’un car toutes les expériences que j’ai vécues sont différentes. Si je dois vraiment choisir, je dirais ma première participation au Trail de Verbier. Il a été le déclencheur de beaucoup de défis tant au niveau des voyages que du sport dans ma vie. Pendant la course, j’ai remarqué que j’étais capable d’aller chercher très loin au fond de moi et que j’arrivais à le faire seule. C’est ce déclic qui m’a permis de réaliser tous les voyages et toutes les courses qui ont suivis.

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Le sommet du Kilimandjaro aura été un supplice pour Manon qui a eu des problèmes avec l’altitude.

Est-ce que tu as déjà vécu des expériences cocasses où tu t’es vraiment demandé ce que tu faisais là?

Oh oui bien des fois…. Lors de ma deuxième participation au Trail de Verbier (61km), nous n’avons pas eu de chance avec la météo. Je savais que j’allais devoir passer 12 à 16 heures dans le froid et la pluie. A plusieurs reprises, j’ai voulu abandonner mais au moment où le ciel s’est ouvert, j’ai décidé de continuer. Je l’ai regretté pendant toute la montée suivante. Je n’ai pas arrêté de me demander pourquoi j’avais pris le départ, quel plaisir j’avais de continuer sous la pluie, le vent et finalement la neige. J’ai fini par abandonner à 10 km de l’arrivée.

Un autre épisode c’était lors de la montée du Kilimandjaro. Pour la dernière étape, nous avons dû nous lever à minuit et j’avais l’estomac détraqué. Nous avons commencé à marcher et j’ai été prise de vomissements. A ce moment-là, tout s’est bousculé dans ma tête. Je me suis dite que j’étais bête de me faire souffrir de la sorte, qu’il fallait que j’arrête. Et d’un autre coté, j’avais envie d’atteindre le sommet. Plusieurs fois, j’ai demandé à mon guide si je pouvais continuer ou si c’était risqué. Il m’a toujours donné l’autorisation mais honnêtement, je ne peux pas dire avoir eu du plaisir. J’ai fait le sommet en serrant les dents.

Tu es partie seule avec des gens que tu ne connaissais pas. Conseilles-tu ce type de voyage à nos lectrices solitaires qui souhaitent partir à l’aventure mais qui n’osent pas franchir le pas de la solitude?

Oh oui je le conseille à 1000%! J’ai fais des rencontres extraordinaires durant ce genre de voyages et j’ai créé des liens très forts avec les personnes de mon groupe. C’est ça qui m’a permis d’aller au bout de certaines marches et de te rentrer avec mille souvenirs. Je suis plutôt de nature timide et c’est toujours difficile pour moi d’arriver dans un groupe d’inconnus mais je vous promets que la timidité est vite mise de coté. Tout le monde est là pour la même chose alors les passions et les discussion sont vites partagées.

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L’Islande, un des premiers grands treks de Manon.

As-tu un conseil pour toutes les femmes qui rêvent de se lancer dans la course de montagne, le ski alpinisme ou la randonnée?

Il ne faut pas que cette envie reste un rêve, il faut le réaliser. Si je devais recommencer le trail, je ne commencerait plus avec une si longue distance (61km et 4000m D+) mais je débuterais avec du plus court pour apprendre à connaître mon corps, mes envies et mes limites. Je pense que la santé est un facteur essentiel, si vous allez bien, tout est possible alors n’hésitez pas une seconde. Par contre, pensez toujours à écouter les signes que votre corps vous envoie. C’est votre meilleur ami dans ce genre de sports que sont la course de montagne, la randonnée ou le ski alpinisme.

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Un grand merci à Manon pour sa participation chez Un trek Une Fille! 

1 Comment

  1. Mohana Racine

    J ai vraiment aimé cet article.

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