Conseils, Rando', Trek
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RÉCIT — une fille non sportive en randonnée autour du monde!

Aujourd’hui, nous sommes ravies d’accueillir notre copine Lucie du blog Voyages et Vagabondages pour un article invité plein de positivisme et d’espoir pour les non-sportives qui rêvent de s’aventurer sur les sentiers du monde mais qui ne s’en sentent pas toujours capable. Lucie, pas vraiment sportive, a dépassé ses limites petit à petit et nous raconte son cheminement. Une belle dose d’inspiration !

Je n’ai pas grandi à la montagne. Ni au grand air. J’ai grandi dans la plaine et dans ma chambre, parmi les livres. Heureusement, le karaté m’en faisait sortir le nez plusieurs fois par semaine et me gardait en forme toute mon adolescence. Et puis, avec la fac, avec le travail, avec la vie sédentaire, j’ai ralenti, puis arrêté le karaté et les kilos se sont accumulés, du surpoids à l’obésité.

La non-sportive reprenait ses droits et cela coïncidait avec mes premiers longs voyages. Je n’avais jamais vraiment randonné avant de partir en tour du monde et si j’étais adepte de la marche intensive en ville, à coup de 20 ou 30 km par jour sur les pavés de New-York et les trottoirs de Londres, j’allais apprendre que la randonnée en montagne était un exercice bien différent.

Tout a commencé avec des petites randonnées de quelques heures ou à la journée en Colombie, en Patagonie et en Antarctique. Dans la chaleur humide des tropiques, sous la pluie glaciale ou la neige, je randonnais dès que je le pouvais à la découverte de paysages incroyables.

Parfois, j’étais seule et devais faire demi-tour avant le sommet, parfois j’arrivais au bout du chemin, incroyablement heureuse de la vue que je découvrais, à bout de souffle et consciente que j’aurais du mal à marcher les jours suivants. D’autres fois, je partais avec d’autres voyageurs rencontrés sur la route et je me retrouvais toujours derrière, tentant de tenir leur rythme, de ne pas les ralentir ou leur disant d’avancer, que je les retrouverais plus loin ou que je faisais demi-tour.

On a beau dire, mais trimballer plus de 100 kilos de soi-même en haut d’une montagne quand on est pas sportif, ce n’est pas facile. Parfois, j’ai même dû renoncer à des randonnées classiques des routards, car je n’avais pas les capacités physiques pour le faire, me faire avancer moi-même et un sac à dos en plus. Je pense à Torres del Paine au Chili, avec qui j’espère prendre ma revanche un jour !

1 rando-patagonie-argentine

J’ai continué de randonner pendant mon tour du monde et après parce que j’adore marcher, j’adore la nature et j’adore la vue que je découvre en haut. J’aurais pu renoncer, mais je suis têtue. Il y a ces voyageurs qui te regardent de haut en bas avant que tu te lances à marcher, car ils savent très bien à l’avance que tu vas les ralentir. Il y a ceux, bienveillants, qui te demandent si ça va après 10 minutes de marche et s’ils peuvent porter ton sac, parce que tu es devenue toute rouge et que tu souffles comme un buffle, même si au final cela va très bien. Il y a ceux qui gambadent comme des cabris loin devant toi et sont prêts à repartir quand tu les rejoins pour la pause, écourtant la tienne pour ne pas trop les faire attendre. Il y a celles qui te soutiennent vraiment, qui se mettent juste devant toi, qui sont là, pas à pas avec toi, qui te tendent la main quand un passage est trop dur, qui papotent et babillent joyeusement pour te faire oublier la difficulté. J’aime marcher avec elles ou j’aime marcher seule, à mon propre rythme.

Fitz Roy-El Chalten Argentine

Forte de ces expériences, je me suis mise dans l’idée de faire un premier trek en Nouvelle-Zélande. L’avantage est que j’avais trouvé un trek pas trop dur, avec le transport de mon gros sac à dos et des nuits en hôtels pour bien se remettre. Certains diront que c’est tricher, mais pour ma part c’est une première étape, un entraînement et cela m’a donné l’accès à quelque chose que je n’aurais jamais pu faire auparavant : faire un premier trek en solo. Au programme, 4 jours sur le Queen Charlotte Track, 71km en montée et en descente et moi-même.

Mon premier trek : Queen Charlotte Track en Nouvelle-Zélande

Le premier jour de mon premier trek, j’ai beaucoup de mal à réaliser l’ampleur du chemin à parcourir et je décide de prendre chaque kilomètre comme il vient, d’avancer à mon rythme, sans me soucier des groupes de randonneurs qui me dépassent et de profiter de l’air frais et des paysages. Je m’arrête plusieurs fois pour faire une pause, contempler le paysage, boire de l’eau, enlever mon pull, papoter avec les oiseaux, souffler et prendre des photos. Le chemin est rendu boueux par les pluies de la semaine précédente et je tombe plusieurs fois, fesses les premières dans des flaques de boue. Au lieu des cinq heures prévues sur mon itinéraire pour parcourir les 14km en montée et descente, il m’en faudra sept. Ce soir-là, comme tous les soirs de ce trek, je suis la dernière à arriver à l’hôtel à la tombée de la nuit.

Le deuxième jour semble prévu pour les gens courbaturés comme moi et les 12km, plus ou moins plats se parcourent rapidement. Je me sens alors capable de finir le trek, malgré mes muscles endoloris !

Le troisième jour, je me réveille tôt pour pouvoir avoir le temps de terminer le parcours : 24,5 km, 8 heures de marche et heureusement beaucoup de soleil. J’ai mal absolument partout et la plante de mes pieds est en feu. Même si je porte des semelles depuis des années pour les soulager, ces deux derniers jours ont été intenses pour mes petits petons. La journée est difficile, cela monte, cela descend, je glisse, je tombe, mais les paysages sous le soleil sont absolument somptueux. Je souffre, mais je réalise aussi ce jour-là que le jeu en vaut la chandelle, qu’il faut souffrir pour découvrir les plus beaux paysages du monde.

Ce jour-là, je rencontre une française et nos babillages nous font oublier la difficulté. Il y a un groupe de randonneurs expérimentés sympathiques qui m’a pris sous son aile et la journée passe plus rapidement. J’arrive à la tombée de la nuit, fourbue et en descendant au dernier hôtel, j’aperçois la montée qui nous attend le lendemain. Ce soir-là, je suis prête à abandonner.

Le quatrième jour, nous avons 20km à parcourir, 7 heures de marche et le tout à boucler avant 14h et le dernier bateau pour Picton. J’étais plus que sceptique sur ma capacité à terminer la randonnée, mais le groupe de randonneurs m’embarque avec eux, pour me prouver que randonner en groupe, c’est plus facile. Ils me mettent au milieu d’eux, nous faisons très peu de pause et commençons l’ascension. Nous arrivons sur la crête dans les temps et entamons la descente. Je me retrouve en tête du groupe à guider tout le monde sur les derniers kilomètres et cela me motive encore plus, malgré la douleur.

Je cours, je vole et je crie de joie en voyant le panneau qui marque le dernier kilomètre de la randonnée. Ce dernier kilomètre est plus long que tous les autres, mais nous arrivons à temps pour le bateau, avec même quelques minutes pour se reposer sur la plage au soleil. J’ai terminé mon trek, il me faudra plusieurs jours pour m’en remettre, mais je suis aux anges et j’ai déjà hâte de recommencer.

Marche régulière et perte de poids

Depuis ce trek il y a trois ans, je n’ai pas eu l’occasion de faire d’autres treks. Je suis retournée en Patagonie et j’ai refait des randonnées que je connaissais et je me suis sentie plus assurée, plus rapide, moins à bout de souffle. J’ai randonné en Andorre avec des amies et j’ai fini en larmes, sous la pluie, tellement j’avais mal. J’ai marché en ville, à la campagne, dans les montagnes, tous les jours, des dizaines de kilomètres par jour et cela a été un gros facteur de ma remise en forme et de ma perte de poids. Car oui, la marche m’a aidé à baisser mon surpoids et j’espère continuer dans cette voie-là !

Je randonne, je fais du canyoning, du VTT, du rafting, du paddle, du surf… je m’essaye à tous sports que je rencontre en voyage. Je ne suis toujours pas sportive, je suis toujours la dernière, je suis toujours le boulet de service qui rentre à peine dans les tenues et protections pour le sport en question. Je dois souvent ravaler ma fierté, repousser mes limites, essuyer des larmes de douleur ou de honte de ne pas être à la hauteur, mais je continue, j’avance et je progresse. Un jour, je retrouverai un poids de forme, un jour la santé ne sera plus un frein, un jour je gambaderais comme un cabri sur les sommets !

Cette année, j’ai gambadé au Japon en solo pour mon plus grand plaisir. Et j’ai appris qu’un autre élément important de la randonnée en solo était de bien se renseigner sur l’environnement, la météo et la faune. Parce qu’en marchant seule dans les montagnes du Japon, j’ai croisé des serpents, des singes et j’ai même eu une rencontre effrayante avec un ours. Mais ça c’est une autre histoire…

Alors si vous n’êtes pas sportive, si vous avez des soucis de santé, si vous êtes en surpoids, ne vous laissez pas abattre, les sports outdoor et la randonnée sont aussi pour vous. A votre rythme, pour le plaisir, pour repousser vos limites, lancez-vous !

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11 Comments

  1. Bravo à toi Lucie ,tu est sur le chemin qui te conduira vers la découverte de toi même et de
    l’autre qui te permettra de toujours aller plus loin tout en s’émerveillant devant dame nature.

  2. Regaieg says

    C’est ce que j’aurais aimé faire mais ni mon âge, ni mes finances ne me permettraient de le faire. Bravo suis une grande fan

  3. Sarah says

    Bravo Lucie pour cet article. Je te suis depuis quelques temps sur ton blog et insta. Tu es une source d’inspiration et de courage. Je pars depuis 2 ans en solo. 15 jours au Canada par an (car j’adore ce pays). J’y expérimente la rando et je suis en surpoids. En lisant tes mots j’ai l’impression d’entendre mes réflexions, mes douleurs aussi. Effectivement les grosses randos ne sont pas à ma portée mais je me bats tjrs pour finir celles choisies même si ça prends du temps. Croiser des gens qui ont l’air frais est tjrs frustrant mais je m’accroche. La satisfaction d’avoir fini et la satisfaction d’avoir aussi des vues à couper le souffle aide à se recentrer sur autre chose que la douleur ressentie tout au long du parcours. Bonne continuation.

  4. Il faut bien un début à tout
    😉 . J’ai commencé avec des petites randos aussi et petit à petit la difficulté à augmenter. Maintenant, je peux porter un sac de 20 kilos sur plusieurs jours. Je ne pensais pas en être capable avant. Une autre fois tu pourras porter aussi ton sac à dos. Les paysages et les bienfaits de la rando valent souvent tous ces efforts. Bonne continuation sur les chemins du monde !

  5. Très bel article sur la découverte de soi et sur le courage à réaliser ses rêves . Bravo

  6. Teton charlyne says

    C’est un très bel article dans lequel on arrive facilement à s’identifier pour pas mal de ressentis…
    Bravo pour ton courage et ta persévérance et bonne continuation à toi!

  7. Munissa says

    Bravo, les treks j’adore, au debut c dificile puis on ne peut plus s’en passer☺

  8. merci pour tous ces détails sur votre périple et surtout les articles tous aussi riche les un que les autres 🙂

  9. Mathilde says

    Très bel article, merci d’avoir partagé ton expérience. Belle route à toi!

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